La Boule de fort

Publié le par MClaude

En bonne angevine que je suis, je me devais de vous parler de la boule de fort.

Mon oncle pratiquait ce jeu les dimanches après-midi à la société de Meigné-le-Vicomte, Sa fille qui a aujourd'hui 84 ans y joue toujours. J'ai quatre frères qui ont redécouvert ce sport et le pratique régulièrement.

Contrairement à l'article ci-dessous, la boule de fort se pratique dans un lieu fermé. Le terrain de jeu mesure 23 mètres de long et 6 mètres de large. On y joue en pantoufles afin de préserver la surface du terrain à la forme concave. Sur les deux bords, dans la longueur, deux pentes permettent de trouver des trajectoires. Aujourd'hui la plupart des jeux sont constitués d'une chape de béton recouverte de quelques centimètres de résine.

La drôle constitution de la boule : elle possède deux trous, le plus petit s'appelle le fort, ce qui a donné son nom au jeu. Le côté le plus lourd de la boule est dit chargé. Quand on la lance elle va rouler de ce côté. Tout se joue dans ce point de rupture entre la force du fort et la pente.

Les premières traces de ce jeu régional datent du 17è siècle. Description faite en 1923 par René Bazin, écrivain et juriste, de l'Académie Français (1853-1932) :  "Dans toute la vallée [de la Loire], la boule franche, la simple boule de bois plein est dédaignée. On ne se sert que de la boule de fort, cerclée de fer, chargée de fer sur un de ses méplats,  une boule de calculateurs faite pour décrire des courbes et qu'on lance sur un terrain concave, sablé, roulé, de pentes égales aux deux bords, pareil à un plumier de marbre. Vous n'apprécierez jamais, à moins d'en avoir fait une étude, ni les beaux coups, ni les attitudes, ni les artistes qu'on peut contempler là."

Source : Le Monde - Sport et forme, 25/11/2013 - "La boule de fort, la victoire en pantoufles"

La Boule de fort

Sur cette carte postale datée du 27 janvier 1911, deux personnages s'adonnent à la boule de fort : Édouard Cointreau et, à droite, regardant l'objectif, Louis Vétault. Mais pour remonter l'histoire, écoutez plutôt Saint-Pierre s'adressant à Saint-Fort : « Pour ta pugnition étarnelle, puisque t'as tant péché par les boules, comme les boules tu rouleras tout autour de la terre sans arrêt, en fesant la roue d'coûté », d'après un « rimiau » de Marc Leclerc. En patois angevin, l'explication de cette boule en bois cerclée de fer, avec un côté évidé et un côté fort, appelée boule de fort, au roulement incertain.
On doit à Édouard Cointreau, célèbre liquoriste angevin et Louis Vétault, directeur du journal L'Angevin de Paris, l'épanouissement de ce jeu très répandu en Anjou. La première compétition, la Coupe Cointreau se déroule à Asnières, à la société de la Boule angevine et tourangelle, le 15 et 16 juillet 1905. La participation est grande, l'essai est transformé, et jusqu'en 1992 la Maison Cointreau parrainera cette épreuve.
Le 2 juin 1907, Louis Vétault fonde la première fédération de l'Ouest aux Ponts-de-Cé. Cette fédération permettra de défendre les intérêts des sociétés, d'organiser des concours, d'uniformiser les règlements et la dimension des boules. Édouard Thiberge, fabricant de boules, réputé en Anjou pour la qualité de son travail, est le troisième homme incontournable.
En 2002, le Ministère de la culture classera la boule de fort « jeu patrimonial ligérien ».

Publication Ouest-France

Publié dans Chroniques, Sports-loisirs

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